PARIS – DIEPPE – PARIS

(Ou comment repousser les limites du corps humain)

Voici le récit de Goyan qui à rejoint Thomas pour l'accompagner sur le chemin du retour. Avec 200km au compteur, il bat son record personnel. C'est avec une très grande joie qu'il put parcourir tous ces kilomètres accompagnant un véritable "héros" :)
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Vous pouvez visionnez la vidéo du retour en cliquant  sur ce lien :

http://www.dailymotion.com/gopuc/video/x6ra8n_dieppeproject0001_sport



Projet

 

Etant donné qu’il n’en ait pas à son premier coup d’essai, il propose carrément de remettre cela, deux semaines plus tard, mais pour faire … l’aller retour ! Paris – Dieppe – Paris représente virtuellement plus de 400km. Impossible de dire combien exactement il a fait. Le défi fut de le réaliser sans dormir, donc vingt quatre heures d’affiler. Rien que cela. Seul de surcroit.

Au regard des échéances de compétitions qui arrivent, je me laisse tenter par le défi. Je propose donc à Thomas de l’accompagner sur le retour. Travaillant la veille, il ne m’était pas possible de me joindre à lui pour faire cette « ballade ». Les jeux sont faits, quarante-huit heures avant le départ, je prends mon billet pour Dieppe, départ à 7h35.
Vendredi, je termine mon travail à une heure, suis chez moi à deux heures et ferme un œil à quatre heures et demie. Pour ce lever à six heure trente, ca craint un peu tout de même, mais j’ai l’habitude et l’excitation est telle que je n’arrive pas à bien dormir, je lui envoie même un sms afin de l’encourager vers trois heures du matin.

Le trajet se passe convenablement, avec un changement à Rouen, l’arrivée est prévue à 9h35. Heureusement que j’ai un peu l’habitude des trains, car il y fait toujours horriblement froid. Bien que je ne sois pas un adepte du sac à dos lors de mes déplacements en patin, j’ai pris résolument, la décision de prendre un petit sac où j’ai mis des affaires pour le froid (train), des tongs, et mes papiers ainsi que l’appareil photo.

 

Dieppe.

9h35. Le train arrive à l’heure. Ce matin, il faisait un peu frais, température à 15°c, temps ensoleillé. Lors du voyage, une vraie purée de poids envahissait le parcours du train. Impossible de penser que Thomas ait pu évoluer ainsi … Arrivée à la gare donc. Les touristes et les locaux semblent aussi presser que les parisiens, normal, la mer les attendent. Thomas est là, sur un banc de la gare, sourire aux lèvres. Il semble bien portant, un beau teint et une pêche convenable pour quelqu’un qui vient de s’avaler deux cents kilomètres. On papote cinq minutes, je me change et direction la plage. L’air marin, le soleil ambiant, la bonne humeur des gens, et dire que ce n’est qu’à deux heures de Paris.

On se dirige vers la plage, où l’on assiste à un déploiement impressionnant de cerfs-volants très jolis. A 10h, nous lançons officiellement le retour vers Paris. Un petit tour dans la ville, où nous sommes bloqués par un pont tournant, laissant le passage à un gros navire. Les locaux laissent passer le temps, c’est vraiment impressionnant.

Une fois quitté la ville, nous avons un peu moins de dix kilomètres à parcourir pour rejoindre la fameuse voie verte dont tous le monde me parle depuis des années. Il faut dire que j’en suis particulièrement frustré, car lors de la fameuse randonnée Paris-Dieppe avec Alain, j’étais de la partie jusqu’à Vernon, où j’ai du rentrer plus tôt que prévu et malheureusement je n’ai pas pu accompagner ces vaillants courageux.

La voie verte est une ancienne voie de chemin de fer, totalement réhabilité en piste cyclable. Son dénivelé est un faux plat, encré au sein de magnifiques paysages. On y croise très peu de monde et l’arrivée au niveau des anciennes gares, reconverties en maison est assez rigolo.

La Voie Verte, Dieppe – Forges les eaux.

 

En venant de Dieppe, le dénivelé est contraire, la route est en faux plat montant. Et effectivement, c’est une très belle route. Un vrai billard comme dirait certains. Le chemin est ponctué néanmoins de nombreux arrêts, signalé par des barrières empêchant les véhicules de s’y engager. Cela casse la vitesse également puisqu’avec zéro visibilité, impossible de franchir les carrefours à fond.

En atteignant la voie verte, je me suis vite rendu compte d’une chose : impossible de rouler au maximum de mes possibilités car Thomas semble tout de même assez fatigué de son périple nocturne. J’en profite pour en toucher deux mots avec lui. Il avait une lampe frontale et étant partis vers 20h de Paris à fait l’intégralité de son voyage dans la nuit.  Par moments, avec la purée de poids qu’il y avait, impossible de voir à plus de cinq mètres !

Lorsque nous quittâmes Dieppe, le rythme que j’imprimais était surélevé par rapport à ce qu’il devait être. Très vite donc, je me rendis à l’évidence, nous ferons une vraie ballade, casser les temps et les records sera pour une prochaine fois. Mais cela n’est pas grave, puisque le défi de Thomas est si « beau », alors il faut tout mettre de notre côté pour le réaliser. Je lui explique donc que je suis d’accord pour rouler doucement et que de toute les façons, vu ce qu’il nous attend au sortir de la Greenway (encore cent cinquante kilomètres), inutile de se cramer.

Pendant cinquante bornes, la route est belle, bien tracée, les paysages sont très jolis … mais surtout, elle est très très hypnotique ! Les premières fatigues se font ressentir, après avoir bavardé pour faire passer le temps, la monotonie et les fatigues arrivent. Mais à rouler ainsi, sans rien qui ne change quasiment, cela endors et je me rends compte que je m’endormirais presque tellement il n’y a rien à y faire sur cette voie verte.

Forges les Eaux

Au sortir de cette coulée verte, nous arrivons à Forges les Eaux, première étape de notre périple. Juste à la sortie de la Greenway, nous trouvons un super U. Nous y faisons quelques courses puis nous dirigeons vers le village. Thomas y avait trouvé un banc, pas très confortable, mais semble t’il fort sympathique donc nous y retournons.

Premier bilan. Le mal aux pieds ce fait vite ressentir. Prendre des moulés pour faire cela, il n’y a que moi pour le faire. C’est surtout au niveau des malléoles qu’une légère douleur me rappelle mon choix assez bête quand à mes patins. C’est avec soulagement donc que je les retire. Par contre le roulage avec les 110 mm est superbe sur la belle piste.

Thomas quand à lui va bien, il retire ses patins aussi et constate sur ses pieds quelques changements mais rien de grave. Par contre, il avait TRES faim au sortir de la voie verte. Chose réparée puisque nous avons acheté de beaux sandwichs au super. Nous nous reposons vraiment, en faisant un point sur la carte. Tout cela est un peu idyllique tout de même. Chacun dans ses perceptions, dans ses rêves et objectifs. Cela est intéressant de participer à la même ballade et d’avoir des objectifs un peu différents.

Après une bonne demi heure de pause, nous repartons, direction le sud-est. Nous allons prendre des départementales, ce qui va bien nous changer de la voie verte.

Direction Gisors.

Quelques stop furent prévus sur la route après Forges, mais les conditions de routes nous permirent de ne pas tous les prendre. Une première partie était donc elle, très roulante, quand à la suivante, elle fut tellement gratonneuse que je me mis à jurer à travers champs, que Thomas allait avoir son homologation de graton, au même titre qu’Alain et Philippe (Renard) en leur temps.  

On ne peut pas tout le temps avoir des belles routes, d’autant qu’en me renseignant un peu, il m’explique qu’il a juste pris une carte et fais un tracé, pas de réelle reconnaissance au préalable. Chapeau. Mais, avec nous prenons la route avec philosophie. C’est bien qu’il y ait des changements et cela ne m’aurais pas plus si nous avions deux cent kilomètres de voie verte à faire ! Le relief est important même si nous ne sommes pas en montagne, chaque cote se ressent.

Plus nous progressons et plus la foulée de Thomas devient petite. Plus nous avançons et plus je ressens sur son visage les marques de la fatigue. Stéphane demandait s’il était humain, je crois bien que oui ! Nous faisons de micro-pause, pour nous ravitailler, nous alimenter, déchausser, nous étirer. Nous vivons la route au maximum.

Malgré la difficulté de certaines portions de route, il est tout de même important de signaler que quasiment tous le temps nous étions sur des petites routes de campagne. Nous contournions les grands axes et cela avait son importance pour profiter du périple.

L’arrivée à Gisors se fait sur les coups de dix-huit heures. PAUSE !

Gisors

Nous sommes fourbus. Nous ne savons pas du tout combien de kilomètres nous avons fait et combien il nous reste à faire. Gisors n’est pas bien grand, mais pourtant nous avons pu faire la connaissance de leur pavage, sur la route et sur les trottoirs.  Nous plongeons vers une petite place où il y a tous le confort du monde : une boulangerie, un banc et la paix !

Nous nous ravitaillons à la boulangerie donc. Après près de 20h d’effort (bientôt 24) le besoin de manger semble inévitable pour qu’il puisse tenir. Il vide ses énergies à une vitesse telle qu’il doit constamment manger pour remplir ses batteries. C’est sur à ce stade, il a déjà trois cents kilomètres dans les jambes et dans la tête. Le seul souci lorsque nous faisons de longues pauses, c’est que l’on se refroidit très vite. De plus, notre « superbe » placette est très venteuse.

Pas besoin de faire un pierre –feuille -ciseaux pour savoir si l’on prend notre temps ou pas. Thomas semble incapable de faire quoi que ce soit (à part manger et se reposer). Lorsqu’il quitta ses patins, je revis en lui, les patineurs solo, au petit matin, complètement fourbu, c’est à peine s’il arrivait à poser le pied par terre. Il marchait en écrevisse, bref, pas beau à voir tout cela. [Mais c’est avec le plus grand respect que je lui demandai : « Ô maître, veux prolonger ton périple ou prendre un aller simple Gisors – Paris » … je délire bien sur J. ]

Une fois que nous avons rempli ce qui nous reste d’estomac, Thomas se repose un peu sur le banc tandis que je passe le temps en passant des coups de fil. Pour nous remonter le moral, je tente de savoir combien de kilomètres il nous resterait à faire. Gisors serait à moins de cent kilomètres de Paris. Rien de mieux que cela pour gonfler le moral. Dix-huit trente on discute et on prend le pouls de la situation : il nous reste environ quatre vingt kilomètres à faire. La nuit tombe vers vingt et une heure. L’arrivée prévue à vingt deux heures semble impossible.

Thomas est fracassé et voici l’heure de qui veut gagner des millions ? Je me retrouve dans le rôle de l’animateur. A la fin de sa micro sieste, je lui demande donc comment il va. Il met un peu de temps à répondre mais des mots audibles sortent de sa bouche, c’est bon signe. Ainsi, je lui propose plusieurs choix :

Petit a : Partir et finir

Petit b : Partir et puis on verra si l’on doit prendre un train plus loin (Pontoise ? )

Petit c : Prendre le train maintenant puisqu’on tient presque plus debout et que trois cent kilomètres c’est déjà très bien comme  cela

Petit d : la réponse D …

Après quelques secondes de suspens, le verdict tombe : on continue. C’est avec un grand soulagement que je m’entends dire cela. Pour dire vrai, il ne semblait vraiment pas dans son assiette à Gisors et la probabilité pour qu’il nous dise, on rentre fut plus forte que le contraire. Mais c’est Thomas, du grand Thomas. De plus j’avais vraiment envie de le faire ce retour. Pour corser notre décision, il s’est mis à pleuvioter. Mais rien n’y fait, à dix-neuf heures, on prend la route de la maison, bien décider à rentrer par nos propres moyens !

 

Gisors – Pontoise

La suite du programme devient complètement folle. La route propose un choix multiple de grattons, de dénivelé différents. Nous progressons à une vitesse de plus en plus faible, Thomas semble ne plus en pouvoir. Pourtant, c’est gonflé à bloc que quittions Gisors. Quatre vingt kilomètres, ce n’est rien pour « nous » et pourtant …

Ce qui est bien avec ce genre d’aventure, ce que la route nous domine, que malgré toutes nos prévoyances, nos expériences personnelles, il arrivera toujours des faits pour venir nous contrarier, venir changer les programmes, les délais, les ambitions, les motivations. Rien n’est simple avec ce type de ballade, voyage, périple, course, record. C’est ce qui nous différencie des patineurs qui ne pratiquent que lorsqu’il y a des compétitions et surtout que là où la pratique semble « convenable ».  Sans vantardise aucune, il semble plus difficile de réaliser un Paris – Dieppe avec une frontale en solitaire, sans assistance, que de faire un solo sur le Bugatti (les 24h solos sur le circuit du Mans).

C’est maintenant que je me rends compte de tout cela. La force de caractère de Thomas est exceptionnelle car pour se lever de ce banc à Gisors, il a bien sur du acheter un liquide à la pharmacie pour ses lentilles, mais surtout, il est allé chercher au fond de lui-même, ce que très peu possèdent : un gros mental.

La nuit va tomber.  Dans mon sac je possède, un couteau suisse pour manger, un téléphone, un ipod un appareil photo, des habits. Mais où sont mes chasubles et autres frontales ? Quel imbécile je fais. Jamais une seule fois je n’ai pensé à ramener des éléments réfléchissants pour ma sécurité sur la route en pleine nuit. Je me rends compte de ma bêtise. Thomas me prête un bracelet réfléchissant, c’est mieux que rien. La route continue malgré tout. Ca monte, ca descend (vite parfois) …

Nous assistions à un magnifique coucher de soleil avec des couleurs orangées, roses aussi. Nous ne savons pas où nous sommes. Thomas vient de boucler ses vingt quatre heures, sans dormir, tout en patinant, un « monstre ».

L’ambiance va devenir surréaliste car muni d’une seule lampe pour deux, nous devenons insignifiants sur la route pour les usagers. Les voitures fendent la nuit à fond pour ralentir un tout petit peu lors de notre rencontre. Heureusement, aucun accident n’est à déplorer et les conducteurs semblent prudents malgré les apparences. Aucune hostilité et aucun coup de signal sonore. Mais où sont les parisiens ?

 Nous nous alimentons souvent. Depuis Gisors, j’ai proposé à Thomas de lui porté sa bouteille d’eau d’un litre cinq. Chaque mètre devient plus dur, chaque côte est un calvaire, chaque descente est des plus risquée. Mais nous progressons, tant bien que mal. Nous roulons, à notre rythme, afin de pousser nos limites au plus loin. La fin est proche, pensons-nous.

La pleine lune d’hier n’est pas là. Mais arrivée dans le Vexin Français, nous sommes en extase, coincé entre un ciel chargé de nuages, éclairant notre route malgré tout et ce silence nocturne, totalement décalé qui nous empêche de savoir où nous sommes. Tous les repaires de la ville ont disparu, nous  ne sommes pas loin mais à la fois nous sommes presque à la frontière de nulle part. Les villages que nous traversons sont déserts. Quelques lampadaires pour éclairer le tout et très vite l’obscurité reprend ses droits. La température est idéale, il fait plus de quinze degrés. Nous sommes en combinaisons, sans manchettes ni jambières. Nous sommes en septembre, il est passé vingt et une heure mais on se croirait en été.

Notre arrivée sur Pontoise est ponctuée d’une descente totalement dingue en pleine foret avec une visibilité quasi nulle. Quelques voitures nous croisant nous montrent le chemin, mais la nuit réapparaît trop vite. C’est une vraie descente de montagne avec virage sec qui se présente à nous. Je suis en chasse neige, Thomas, loin devant à disparu. En bas, un rond point pour corser le tout. Prudemment, je l’aborde en demandant à mes cuisses de ne pas me lâcher à ce moment crucial de ma vie. Il est vingt deux heures.

PONTOISE et le Val d’Oise

Le temps tourne. Nous ne sommes pas arrivés. Dans ma tête, il ne nous reste qu’une trentaine de kilomètres. Mais malgré cela, Paris est encore très très loin ! La civilisation semble loin encore. Thomas a depuis quelques temps ressortis son GPS pour suivre la trace. Mais Pontoise c’est grand, surtout si l’on passe par la zone industrielle. Nous nous perdons un peu. Nous sommes à la recherche d’une longue ligne droite, censé nous mener dans le 93 puis à Paris. Introuvable, nous nous imposons encore une ultime pause, perdu dans la zone de Pontoise, Paris est tout proche, mais elle semble si loin à la fois. Le moral dans les chaussettes, j’observe Thomas tentant une approche de trottoir pour s’asseoir. Il tient à peine debout. Son corps est tétanisé, il ne parle pratiquement plus. Mais nous ne pouvons pas rester ici, impossibles. Après cinq minutes et la pate d’amende entamée, nous repartons. Dans mon esprit, le chemin du retour n’est pas loin. Mais Thomas ne roule plus, il se laisse glisser tel un pantin sur des rails qu’il peine à trouver. Une fois sortie de cette zone, nous trouvons notre fameux axe.

Une épicerie se présente à nous. Je n’ai pas faim mais Thomas s’arrête sur un grillage pour rebrousser chemin et acheter à manger. Combien de calories brûlées ? Il s’achète des gaufres et tel un enfant, se pose sur le trottoir d’en face. Limite prostré, il doit être vraiment très fatigué. Il se met à pleuvoir des gouttes, puis une pluie fine mais continue. Nous allons gouter à tout, même à l’eau. Je le laisse seul quelques instants, inutile de le presser, c’est à lui de se retrouver, de se ressourcer. La montre joue contre nous. Pas tant que cela en fait. L’arrivée c’est la maison, donc on mettra le temps qu’il faudra mais on y arrivera. Le seul hic c’est que nous sommes loin, très loin encore.

On redémarre. La chaussée est mouillée, mais pas trempée. De plus quelques bornes plus loin il ne pleut pas. Le sol redevient sec. Cette fois c’est décidé, je vais l’aider de mon mieux pour ne pas que nous arrivions à pas d’heure. J’avais un peu de mal à le pousser, je ne voulais pas trop intervenir, mais là je sentais bien qu’il en avait besoin !

Et c’était parti. Peut être quinze bornes comme cela. Du plat, assez régulier. La nuit. La fatigue, l’envie d’y arrivé. On ne lâche rien. Il nous fallait trouver un point de contact qui nous rassurerait, car l’épicerie, basé à Franconville nous disait que le but était loin, très loin. Je pousse Thomas de toutes mes forces, j’en ai encore et je lui dois bien cela. C’est grâce  à lui que je vais surement battre mon record. Je le ravitaille, le pousse, l’encourage, prie pour qu’il ne craque pas si près du but !

Arrivée à Soissy sur seine, nous croisons un RER. Nous nous arrêtons en face de la gare. Je connais l’endroit, nous ne sommes plus très loin de la maison puisque proche du lac d’Enghien. Mais je propose tout de même à Thomas de prendre le train. Il est minuit trente et le guichetier m’indique que la rame que nous venons de voir était la dernière pour Paris ! J’ai un peu peur lorsque je m’approche de Thomas pour lui annoncer cette terrible nouvelle ; mais il encaisse sans broncher et me dit : «  Ce n’est pas grave, on continue ».

A ce moment, je prends le « commandement » de la route. Thomas a eu l’intelligence de ramener des copies de cartes mais aussi des vraies. Pour nous replacer correctement sur deux trois kilomètres, j’use de mes connaissances et de sa carte. Il est tard, nous sommes plus que fatigués, je ne sais pas comment il fait pour tenir debout. Mais je l’escorte à tenir et à me faire confiance, l’arrivée n’est plus très loin, il suffit pour cela de se bouger un peu les fesses, si l’on ne veut pas rentrer vers deux heures à la maison, voir pire. Je le repousse, de sorte que notre vitesse atteigne plus les vingt kilomètres heures que les dix. Arrivée à Epinay sur Seine, le soulagement. Je connais très bien ce secteur pour l’avoir fait plusieurs fois à vélo. Je connais donc des raccourcis qui nous éviteront de nous perdre vers Saint Denis. Je range la carte et pousse Thomas de toutes mes forces. Il tente machinalement de progresser, en bougeant les bras mais je sens qu’il n’a quasiment plus de force ! Le mental va lui permettre d’accomplir ce périple, rien d’autres !

Encore quelques minutes, quelques efforts, la route est claire et limpide pour moi. Je réconforte Thomas en lui annonçant le programme au fur et à mesure que nous arrivons. Ce secteur est un vrai labyrinthe si on ne le connait pas. La tour Siemens de Saint Denis nous fait face, encore deux longues lignes droites et nous arriverons. C’est fait. La porte de Saint Ouen est là, le périphérique, les taxis, les gens sur la route. Thomas prend un dernier cliché avec son téléphone. Pas d’euphorie, mais de la joie intérieure. C’est pour cela que l’on fait ce genre de périple, vivre des sensations comme cela. Arrivée à une heure vingt aux portes de Paris, preuve que la distance fut importante entre Soissy sur Seine et la porte.

Nous profitions des derniers métros. Dernières interview. On ne doit pas sentir très bons. Les pieds sont cassés. Mais on l’a fait. Il l’a fait !!! La nuit nous appartient, surtout la douche et le lit. On se quitte un peu forcé. L’essentiel est que nous avons réalisé nos objectifs. Comme quoi, quand on veut, on peut.

Merci Thomas.

 

Bilan :

15h d’efforts pour moi, aves plus de 200km.

30h d’efforts pour Thomas, avec plus de 400 km.

Couché à trois heures du matin, je me suis levé le lendemain matin à treize heure, normalement. J’ai un peu mal au pied, pression du chausson, mais je n’ai pas de courbatures. J’ai juste un peu les jambes lourdes, mais rien d’autres. J’ai bien fait de me laver longtemps à l’eau chaude hier, de mettre masser un peu et surtout d’avoir fait mes étirements.

Bol Alimentaire :

Matin : 3 pains aux chocolats, 8 granolas.

Forges : 2 sandwiches clubs, 2 pèches, 8 granolas, 1 sunny delight 1 litre.

Gisors : 1 demi-baguette avec un baby bel, 1 éclair au café, 1 cannette de coca.

Gisors Paris : 500 gr de pates d’amendes partagé.

6 bouteilles d’eau sur tout le voyage d’1,5 L

Que du bonheur :p