Ce week-end, Thomas THIRIEZ du PUC à réussi le pari fou de parcourir près de 400km sans dormir afin de faire l'aller retour entre Paris et Dieppe.
Muni d'une carte IGN, d'une frontale et de sa plus belle volontée, voici racontée dans les plus grands détails, comment, il réussi son pari fou de passe la barre des 400km.
Encore bravo à lui, il rentre dans la droite ligne des randonneurs fous du PUC tels qu'Alain DECAYEUX ou Philippe RENARD.
Mais peut être que l'année 2008 n'est pas fini pour de tels projets au club ?
Seul l'avenir nous le dira, pour l'instant, place au récit.
Voilà mon récit de la petite ballade. Juste Paris-Dieppe pour l'instant. Le reste va venir.

PETIT HISTORIQUE.

C'est en découvrant les grandes rando roller, en commençant par Paris-Orléans, 130km, en 2005 que c'est devenu une passion. Au bout des 130km, je tenais encore debout, et je me suis toujours demandé si j'aurais pu rouler encore beaucoup plus. À l'occasion d'un passage à Toulouse, j'ai fait Toulouse Carcassonne. Toujours en forme après 150km. Une semaine plus tard, je fais un aller-retour Paris-Château-Thierry, 200km. 100km de gratton, ça fait beaucoup mes pieds, mais les jambes tiennent toujours. Le 30 août, Paris-Dieppe plus une boucle de 50km. Je suis toujours bien après 265km. Je vais alors tenter l'aller-retour Paris-Dieppe, 400km.

LA STRATÉGIE.

Ayant fait Paris-Dieppe une première fois en 11h20, il doit falloir compter 24h pour l'aller-retour. Il y aura donc forcément une partie de nuit. Et quand tout le monde est couché, pour trouver de l'eau, c'est moins facile. C'est une des raisons qui m'ont fait arrêter après 265km deux semaines plus tôt.

Ma première idée était de partir tôt le matin (4h, comme la fois précédente), avec suffisamment d'eau pour tenir jusqu'à l'ouverture des commerces, puis d'acheter plus d'eau que nécessaire pour l'aller en semant des petites bouteilles sur le trajet que je récupérerais au retour.

J'ai finalement opté pour la deuxième solution qui consiste à partir le soir pour faire l'aller de nuit, et le retour de jour. En comptant sur la fraîcheur nocturne pour ne pas trop transpirer, je devrais pouvoir partir avec suffisamment d'eau pour rejoindre Dieppe en autonomie.

Mais surtout, avec la fatigue de l'aller, il est quand même préférable de faire le retour de jour. C'est plus motivant, et si je devais m'arrêter, je n'aurais pas à attendre le lendemain pour prendre un train.

J'ai pu bénéficier de l'expérience de mon précédent Paris-Dieppe pour préparer cette nouvelle ballade.

Au bout des 265km, même si les jambes fonctionnaient toujours, ce sont les pieds qui commençaient à fatiguer avec le gratton. Pour l'aller-retour, ce sera donc avec les M100.

Avec la trace GPS de l'aller, j'ai pu voir avec Google Earth où j'ai fait des erreurs afin de ne pas les refaire. J'ai ainsi pu éviter un détour de 6km que j'ai fait la fois précédente.

Et surtout, après avoir fait la route une première fois, je n'ai quasiment plus besoin de la carte, où de m'arrêter pour trouver mon chemin, ce qui s'avère fort utile pour les étapes de nuit.

LE PROGRAMME
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Le programme est le suivant :
- Départ de Paris à 20h.
- Arrivée prévue à Dieppe vers 8h.
- Départ de Dieppe avec Goyan à 9h35.
- Arrivée à Paris vers 21/22h.

Sachant que j'ai déjà fait Paris-Dieppe en 11h20, je pense être large en prévoyant l'arrivée vers 8h. Et ça me laissera 1h35 de repos avant le départ avec Goyan.

Pour le retour, en roulant à deux, ça devrait aller plus vite. Goyan pourra me protéger du vent. Et je pense que l'effet psychologique jouera aussi beaucoup. Comme je serai quand même un peu fatigué, un retour en 12h30 nous ferait arriver à 22h.

PARIS GISORS. 83km.

C'est parti.

Bon, je termine le boulot à 19h, je rentre chez moi, et m'enfile une énorme plâtrée de pâtes.

J'enfile mes M100. Je ne les ai pas remis depuis la KKH un peu plus d'un an plus tôt. Au début j'ai l'impression d'avoir une péniche à chaque pied, mais je me dis qu'Alain a bien fait les 24h solo en M100, donc ça devrait quand même rouler.

Je suis dans les temps. Je pars 3 minutes avant 20h, direction République, puis porte de Clignancourt. Je roule tranquillement, en anticipant au mieux les feux et la circulation parisienne afin d'éviter tout effort inutile, et pour me donner toutes les chances de tenir jusqu'au bout.

Je profite du fait qu'ils soit toujours ouvert pour acheter une petite bouteille d'eau chez un commerçant local. Je suis parti avec 2L pour la nuit, et il faudra que ça tienne jusqu'à Dieppe.

La nuit tombe rapidement, et me voilà sur les petites routes de campagne, naviguant à la frontale. Deux semaines plus tôt, j'étais parti le jour de la nouvelle lune. Cette fois ci, elle est presque pleine, et c'est très appréciable. Ça permet de reconnaître les paysages que j'ai vu de jour, et ça éclaire plutôt bien la route. Je pourrais même l'éteindre sur certaines portions. J'essaie juste pour le fun, mais c'est quand même mieux d'être vu par les voitures Sourire

Avec la nuit, la température baisse aussi, mais je ne mets pas la veste. Il ne fait pas encore très froid, et en roulant, je reste chaud. Ne pas avoir trop chaud m'aide aussi à économiser l'eau en ne transpirant pas trop.

Connaissant mieux la route, et malgré la circulation du vendredi soir en quittant Paris, j'arrive à Gisors en 4h30, soit 20 minutes de mieux que la dernière fois. Hé, ça serait super que j'arrive à Dieppe à 7h30. J'aurais deux heures pour me reposer.

Gisors, première pause. Je m'arrête pour manger un peu de pâte d'amandes, et m'étirer. Une voiture de gendarmes passe au ralenti, intriguée par ce spectacle. Ne roulant plus, le froid se fait rapidement ressentir. Je mets ma veste pour rester au chaud avant de repartir, dans l'idée de l'enlever une fois réchauffé en roulant, mais elle ne me quittera plus avant Dieppe. Ayant toujours froid malgré la veste, la pause ne durera pas plus de 15 minutes.

GISORS GOURNAY-EN-BRAY. 30km
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C'est la partie la plus dure, à cause du gratton et du relief. La température continue à baisser. Sur certaines portions en forêt, la route est trempée à cause de la rosée. La rosée se dépose même sur les poils de mes jambes, et mes cils. C'est en collant mes jambes l'une contre l'autre pour laisser passer une voiture que j'ai senti toute cette eau froide.

Deuxième pause, 25 minutes à Gournay.

GOURNAY-EN-BRAY FORGES-LES-EAUX. 20km
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Après l'étape la plus dure, celle-ci est très roulante et assez plate. Très agréable. Tout se passe bien jusqu'à un kilomètre avant Forges-les-eaux. La pâte d'amandes que j'avais emporté a un goût assez particulier qui devient écoeurant au bout de 250g. J'ai donc ralenti la consommation, et le manque s'est fait ressentir brutalement. J'ai pu continuer à rouler doucement jusqu'à Forges-les-eaux.

Arrivé à Forges-les-eaux, j'entre dans la boulangerie (si si, il y a bien une boulangerie ouverte à 4h50 du matin). Malheureusement, ils ne faisaient pas de sandwichs (pas encore, peut-être), et on me propose croissants ou pains au chocolat. Préférant du salé, je prends plutôt une baguette. Voulant économiser l'eau, je mange la baguette sans boire beaucoup, et il me faut quasiment une heure pour l'avaler en entier. J'ai perdu pas mal de temps, dommage. C'est du temps que j'aurais préféré passer au chaud dans la gare à Dieppe.

LA VOIE VERTE.

40km de faux plat descendant sur du billard, que du bonheur ? En principe, oui. La lune s'est couchée, la voie verte est bordée d'arbres, donc il fait très noir. Mais surtout, il y a un brouillard très épais. Ma frontale qui n'éclairais déjà pas très fort ne m'est pas d'une grande aide contre ce nouvel ennemi. Je ne vois absolument rien à plus de 5 mètres. Heureusement, c'est tout droit, et il n'y a quasiment pas d'obstacles. Je peux donc me permettre de rouler à bonne allure. Il y a quand même un certain nombre d'intersections avec des barrières en bois et des stops, mais ils sont toujours indiqués, et les panneaux réfléchissent très bien la lumière de ma frontale.

À la moitié de la voie verte, le brouillard disparaît, et le ciel commence à être éclairé par la lumière du soleil. La deuxième moitié se fait sans problème.

Plus que 10km avec une petite bosse et une partie de gratton pour rejoindre Dieppe. Une boulangerie sur la route. Des sandwichs ? Non.

DIEPPE.


J'arrive à Dieppe vers 8h30, donc 1 heure de repos avant de retrouver Goyan. J'en profite pour acheter des biscuits, et prendre un sandwich (que j'espérais depuis Forges-les-eaux) au café de la gare.


Et voilà le récit du retour:

Comme prévu, Goyan arrive à 9h35.

On ne peut pas être allés à Dieppe sans avoir vu sa plage, donc avant de retourner à Paris, on va faire un petit tour au bord de la plage, où l'on peut observer quelques cerf-volants présents à l'occasion du festival international de cerf-volant de Dieppe.

Après avoir pu me reposer une heure, je suis prêt à repartir. Donc, de nouveau 10km pour rejoindre la voie verte. Il y a toujours un peu plus de gratton, et à cette heure ci, plus de trafic également. Goyan roule un peu plus vite que ce que je faisais seul, mais je peux suivre. Après tout, c'est pas plus mal : cette partie pas très agréable n'en paraîtra que plus courte';">
LA VOIE VERTE

Nous voilà enfin sur la voie verte. Pour moi, c'est la troisième fois en deux semaines. Le brouillard qui m'empêchait de voir à plus de cinq mètres cette nuit a été remplacé par un beau soleil. Goyan me voyant quand même fatigué ralenti un peu le rythme.
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FORGES-LES-EAUX GISORS

Nous arrivons à Forges-les-eaux sans problème. Un Super U nous permet de faire le plein de provisions. Après avoir bien mangé, j'ai repris des forces, et nous pouvons repartir à bonne allure vers Gournay-en-Bray. Je m'y étais arrêté lors de mes deux derniers passages, mais l'étape que nous venions de faire n'était pas très longue et bien roulante, donc nous avons continué vers Gisors.

C'est maintenant de nouveau l'étape la plus dure. Dans ce sens, elle commence par une côte bien raide, suivie d'une pente douce assez longue. Je préfère ce sens, parce qu'étant plus courte, la côte semble moins interminable, et puis si chaque mètre gagné en hauteur permet d'en faire dix en descente de l'autre coté, c'est bon.

Les jambes sont quand même un peu fatiguées après presque 300km donc je ne monte pas très vite, mais à part ça je vais bien et je ne souffre pas.

Une fois en haut, c'est parti pour la descente. Maintenant, je revois à toute vitesse les paysages que j'ai bien eu le temps de mémoriser pour les avoir fait en montant, une fois de jour et une fois de nuit.

Les jambes n'ont pas trop apprécié de devoir garder la position dans toute la descente, mais on fait une petite pause en bas pour récupérer un peu, et c'est reparti.

Après la côte, c'est le gratton qui prends le relais. Je commence à fatiguer un peu, et espère voir le panneau Gisors à chaque virage. J'étais même à deux doigts de sortir le GPS du sac pour voir s'il restait plutôt 100m ou 200m. Lui n'est pas très endurant, et ne tiens que 14h. Mais bon, s'il devait boire et manger autant que moi, ça serait pas forcément très pratique non plus... Je l'ai arrêté à Dieppe. Il reste 2 heures d'autonomie, et si j'en ai besoin pour suivre la trace faite à l'aller, ce serait plutôt en arrivant sur Paris, où il y a plus d'occasions de se tromper.

GISORS

Une fois au panneau Gisors, la route descends jusqu'au centre ville où nous pourrons faire la pause tant attendue. Je déchausse, et les jambes raides, je peine à me rendre jusqu'à la boulangerie.

Étant donné l'état dans lequel je suis arrivé à Gisors, et sachant qu'il reste 80km, nous avons le choix entre deux solution.

Il existe à Gisors une gare SNCF qui permet de rentrer directement à Paris, prendre une douche, se reposer, et se dire qu'on a fait plus de 300km et que c'est quand même pas mal.

Ou bien on continue. Si on continue, il n'y a pas de gare avant Pontoise, 50km plus loin. Et si on arrive jusqu'à Pontoise, on est presque à Enghien. Et à Enghien, on est quasiment à Paris. Donc pour moi, c'est soit Gisors, soit Paris.

Il reste quand même 80km, et c'est pas rien. Même si je sens que la fatigue arrive progressivement depuis Dieppe, les pauses ont toujours pu me remettre d'aplomb. Au pire, on fera quelques pauses en plus, mais ça doit être faisable. J'opte donc pour la solution folle.

Après avoir bien mangé et récupéré quelques forces, je me sens de nouveau apte à patiner. L'heure de pause n'aura pas été de trop.

GISORS PONTOISE

Nous voilà repartis. Il est 19h, et le soleil ne va pas tarder à se coucher. La route commence par une belle côte en haut de laquelle nous pouvons assister à un magnifique coucher de soleil éclairant les nuages en orange.

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La nuit venant, je passe une bande réfléchissante à Goyan. Il n'a pas pris de lampe, mais après tout, quand on se lève de bonne heure pour aller rouler, on ne pense pas forcément à prendre une lampe pour la nuit Sourire

En roulant à notre rythme, et en s'arrêtant de temps en temps, nous arrivons à bout de toutes les côtes et tous les obstacles qui se présentent. Bien que les jambes m'empêchent d'aller plus vite, je ne me sens pas réellement fatigué. Elles sont un peu raides, et ne savent plus faire que deux choses : patiner, et se laisser rouler dans les descentes. Toute autre opération devient plus complexe. Quand on s'arrête, et qu'il me voit dans une position bizarre, Goyan me demande : "Qu'est-ce qu'il t'arrives, Thomas ? Qu'est-ce que tu fais ?", je réponds "Bah je suis en train de m'asseoir".

PONTOISE ENGHIEN


Après Pontoise, une route nous permet de contourner la zone industrielle, et de rejoindre une route toute droite d'une dizaine de kilomètres qui mène jusqu'à l'hippodrome d'Enghien. C'est au début de cette route que j'ai réellement commencé à sentir la fatigue. Ce ne sont plus que les jambes, la fatigue commence à m'envahir entièrement. J'ai zoomé au bon endroit sur le GPS pour voir le curseur se déplacer sur cette ligne de 10 kilomètres. Tout au bout de cette route, on aperçoit le phare du casino d'Enghien qui danse dans le ciel. Et là bas, il y a une gare RER qui permet de rentrer directement à Paris. Mais en fait, je me dis qu'une fois à Enghien, on sera déjà beaucoup plus près de Paris, et que Paris-Dieppe-Paris, ça fait quand même mieux que Paris-Dieppe-Enghien. Je pense donc bien continuer jusqu'à Paris. Me voyant à bout, Goyan me pousse sur ces derniers kilomètres de ligne droite.

Nous arrivons finalement à Enghien, et après s'être renseigné, il m'annonce que le train que nous venions de voir partir était le dernier. Étant déjà résolu à continuer, cette nouvelle ne me traumatise pas plus que ça.

ENGHIEN PARIS


Pour le retour sur Paris, Goyan récupère ma carte, et décide de la route à prendre. Le trajet sera donc différent de celui que je connaissait. C'est en fait une bonne chose, parcequ'ainsi je ne sais pas à quoi m'attendre, et je n'ai plus à penser à toutes les difficultés qui reste sur mon parcours. Je pense en particulier à la portion de route sur l'île saint-denis qui me semblait interminable, et me faisait peur.

Jusqu'à Paris, je me laisse guider par Goyan. Lui derrière qui me pousse, et moi devant qui patine en balançant bien les bras, car si les jambes ont bien travaillé jusqu'à présent et sont fatiguées, les bras sont en pleine forme, et si ça permet de rouler un peu mieux...

Finalement, on finit par apercevoir le périph. On passe dessous, et ça y est, nous sommes à Paris. Le reste se fera en métro. Je suis plutôt fatigué, et après avoir quitté Goyan et un changement, je n'ouvre plus les yeux que de temps en temps pour voir où je suis, histoire de pas rater ma station. Je n'attends plus que mon lit pour dormir une 50aine d'heures. La douche et les étirements attendrons demain. Je me réveille 9 heures plus tard, reposé. Après 40 heures debout, et 400km, je me serais attendu à plus. Une petite sieste dans l'après-midi, et je suis reparti sur un rythme normal.

Moi qui cherchais quelles pouvaient être les limites de mes jambes, je crois bien que je n'en ai jamais été aussi proche.

Merci Goyan. Si tu n'avais pas été là, je n'aurais certainement pas été jusqu'au bout. J'aurais pris un train à Gisors.

Merci aussi pour tous les SMS d'encouragement reçus sur la route.

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